Artiste nomade fasciné par l’autoportrait, des centaines de fois recommencé, Sylvain Konyali revient toujours au reflet de son visage, gratté, mordu à l’acide, griffé, effacé, à nouveau mordu, à nouveau gratté. Il y a sûrement dans cette démarche obsessionnelle le souvenir de Rembrandt qui, sa vie durant, a gravé son visage en multipliant les états, les repentirs, les variantes, sans doute entraîné par la fascination de voir ses traits altérés par le temps qui passe. Sylvain Konyali est à l’évidence trop jeune pour que ce soit là le but de l’exercice. Mais l’art de l’estampe a ceci de spécifique de permettre de conserver grâce à l’impression d’états une image de l’oeuvre en devenir, en l’occurrence jamais achevée.

   
    Souvent art de la lenteur, la gravure peut être aussi griffure, morsure rapide, et servir une sorte de journal intime graphique qui rend compte des relations avec les proches ou avec des paysages traversés. Car Sylvain Konyali se déplace à travers l‘Europe, en Belgique, dans le Massif central, à Marseille, à Madrid, aux Baléares, dans son camion qui devient un atelier de gravure déployable. L’estampe est souvent art de la série - les séries sont innombrables dans l’histoire de ce medium. Sylvain Konyali a bien compris les possibilités de créer ainsi des histoires sans paroles ou de courts textes poétiques en regard d’images gravées et imprimées à la hâte, ou même de textes gravés dans le cuivre.

    Ces productions intimistes sur soi et sur ses proches n’auront pas empêché Sylvain Konyali de s’imprégner de l’air de l’Espagne, de ses musées, et d’y faire de belles découvertes - telle celle de Sofonisba Anguissola (1532-1625), talentueuse portraitiste qui au cours d’une longue existence réalisa notamment de nombreux autoportraits et est l’une des très rares femmes artistes dont les oeuvres sont accrochées aux cimaises du Prado - ouvrant là un nouveau champ d’exploration et lui offrant de sortir de son face à face  «format passeport», ainsi qu’il le qualifie, avec lui-même.

Érik Desmazières, membre de l’académie des Beaux-
Arts.






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