Artiste nomade fasciné par l’autoportrait, des centaines de fois recommencé, Sylvain Konyali revient toujours au reflet de son visage, gratté, mordu à l’acide, griffé, effacé, à nouveau mordu, à nouveau gratté… Il y a sûrement dans cette démarche obsessionnelle le souvenir de Rembrandt qui, sa vie durant, a gravé son visage en multipliant les états, les repentirs, les variantes, sans doute entraîné par la fascination de voir ses traits altérés par le temps qui passe. Sylvain Konyali est à l’évidence trop jeune pour que ce soit là le but de l’exercice. Mais l’art de l’estampe a ceci de spécifique de permettre de conserver grâce à l’impression d’états une image de l’œuvre en devenir, en l’occurrence jamais achevée.
    Souvent art de la lenteur, la gravure peut être aussi griffure, morsure rapide, et servir une sorte de journal intime graphique qui rend compte des relations avec les proches ou avec des paysages traversés. Car Sylvain Konyali se déplace à travers l‘Europe, en Belgique, dans le Massif central, à Marseille, à Madrid, aux Baléares, dans son camion qui devient un atelier de gravure déployable. L’estampe est souvent art de la série - les séries sont innombrables dans l’histoire de ce medium.    
    Sylvain Konyali a bien compris les possibilités de créer ainsi des histoires sans paroles ou de courts textes poétiques en regard d’images gravées et imprimées à la hâte, ou même de textes gravés dans le cuivre. Ce procédé n’est pas sans rappeler les œuvres d’un de ses aînés, pensionnaire de la Casa de Velazquez, Alexis de Kermoal (1958 – 2002) qui lui aussi a développé sur le métal un journal intime (texte et image) plein de fantaisie et de délicatesse. On pense aussi à Jules Pascin (1885 – 1930) dont toute la vie apparaît dans la légèreté de ses pointes sèches, ou encore à l’artiste belge Stéphane Mandelbaum (1961-1986) dont les portraits, souvent des auto-portraits d’ailleurs, évoquent Francis Bacon.
    Ces productions intimistes sur soi et sur ses proches n’auront pas empêché Sylvain Konyali de s’imprégner de l’air de l’Espagne, de ses musées, et d’y faire de belles découvertes - telle celle de Sofonisba Anguissola (1532-1625), talentueuse portraitiste qui au cours d’une longue existence réalisa notamment de nombreux autoportraits et est l’une des très rares femmes artistes dont les œuvres sont accrochées aux cimaises du Prado - ouvrant là un nouveau champ d’exploration et lui offrant de sortir de son face à face « format passeport », ainsi qu’il le qualifie, avec lui-même.

                 

Érik Desmazières

membre de l’académicie des beaux-ar

sylvainkonyali@mailo.com





    Sylvain Konyali déambule. Et de ses déambulations il produit des images : gravures, peintures, impressions, éditions. Après des études à Lyon, Milan et Bruxelles, il transforme un petit camion en atelier de gravure, parcourt les trois pays qui l’ont accueilli et développe sa pratique, se formant au gré des voyages. Il s’établit ensuite dans une cabane en Ardèche et met ce type d’édifices au cœur de son travail, qui évoquent, tout à la fois, les architectures traditionnelles et la construction de nos refuges enfantins, premiers lieux où liberté et intimité fleurissent.

    Pour Sylvain Konyali c’est de cette intimité que les espaces collectifs émergent et se consolident : ainsi son travail s’intéresse plus spécifiquement au rôle joué par l’architecture dans la création des communautés. Les habitats auto-construits, dont l’apparence et la structure se transforment au gré des besoins de celles et ceux qui les occupent, recueillent tout particulièrement son attention et sont le point de départ de ses œuvres plastiques.


Flora Fettah,

curatrice et critique d’art

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